Malgré le fait que je travaille avec des autos depuis plus de 45 ans, il m’arrive encore quelques fois de tomber dans le panneau de certaines erreurs ou oublis. Par exemple, le 24 mars dernier, je ne me suis pas rendu compte que j’écrivais dans La Presse depuis 10 ans (plus de 30 ans dans L’Écho du Transport, plus de 25 ans chez Textuel qui fournit des centaines de journaux de quartier, bientôt 25 ans à RDS, plus de 10 ans dans des magazines spécialisés comme Pneu Mag, Cam Auto et ainsi de suite…). Ouf !
Et c’est arrivé au même moment où j’ai commis l’erreur de croire que la CLS 63 AMG dont il était question dans mon dernier blogue pouvait être à propulsion seulement. En fait, toutes les CLS 63 AMG vendues dans notre secteur sont à traction intégrale même si l’on ne voit pas le sigle 4MATIC sur le coffre. Ce qui m’a induit en erreur, c’est que dans la neige, les roues arrière de l’auto pouvaient patiner allègrement. J’ai eu beau tourner le volant au maximum, je n’arrivais pas à voir s’il y avait un essieu connecté aux roues avant. Si les roues patinaient ainsi à l’arrière, c’est, selon un de mes confrères, qu’avec AMG, il y a plus de puissance transmise aux roues arrière qu’avant. Heureusement, j’ai pu corriger le texte rapidement…non sans m’en vouloir!
Tundra-Labrador
Mais alors, ce que j’ai vécu depuis les dix derniers jours m’a fait oublier toutes ces bévues. En effet, j’ai accepté d’aider mon confrère et bon ami Howard Elmer, un journaliste ontarien qui se concentre dans le domaine des camionnettes, à effectuer un test de torture au volant de Toyota Tundra.
En vérité, cette expérience est un peu de ma faute. En septembre dernier, Howard et moi étions à l’usine d’assemblage de Toyota à San Antonio au Texas et nous avons été invités à tester les nouveaux Tundra sur la piste d’essai hors route du constructeur. Après quelques minutes dans cette piste, nous sommes revenus aux techniciens et je leur ai demandé une Corolla. Ils n’ont pas compris pourquoi. «C’est parce que je pourrais attaquer la même piste avec une Corolla. Ce n’est pas sérieux!». Stephen Beatty, vice-président de Toyota Canada est alors entré en scène. «Mais que ferions-vous, vous autres?» «Une véritable excursion dans le Grand Nord canadien» de répondre Howard. Beatty nous a pris au mot et nous a mis au défi. Et Howard a réussi à créer un trajet des plus difficiles qui ne pouvait que m’emballer…Enfin…
Donc, c’est ce que nous avons fait la semaine dernière. Howard avait réussi à se faire prêter un Toyota Tundra Edition 1794 2014 de Toyota qui l’avait aussi équipé d’une remorque à quatre roues pour y transporter une motoneige (en cas d’urgence), deux pneus montés sur roue, des bidons d’essence de cinq gallons (qui allaient nous servir), des outils, divers objets et nos valises. Au départ, il était question de deux Tundra 2014. Toutefois, Howard eu l’idée de demander à Toyota s’il était possible de trouver un Tundra 2007 du modèle qui allait relancer la marque. Toyota Canada trouva un tel exemplaire avec moins de 100 000 km au compteur et de le préparer pour nous (note: il venait de la région montréalaise!). L’idée était de vraiment tester la durabilité de cette marque de pick-up.
Tout un trajet
Howard est parti de Toronto avec son fils Steven de guideauto.com et Dan Bailey, caméraman de Motoring à TSN. On s’est rejoint à Laval puis on est parti pour Baie Comeau où nous avons passé une première nuit. Première constatation, le Tundra Édition 1794 a fait environ 14L/100 km sur autoroute (110 km/h) et le Tundra 2007 a affiché une consommation de 29L/100 km avec la remorque attachée! Les deux camionnettes sont mues par un moteur semblable, un V8 de 5,7 litres qui développe 381 chevaux et 401 li-pi de couple et il est combiné à une boîte automatique à six rapports.
Nos deux camions devant les Chutes Montmorency (photo Éric Descarries)
De Baie Comeau, nous sommes partis vers Fermont et Labrador City par la route 389. Cette fois, la remorque était rendue derrière le Tundra 2014. La 389 est quand même intéressante et facilement praticable jusqu’au barrage Daniel Johnson. On passe devant le barrage Manic 2 avant d’y arriver. Nous nous sommes arrêtés à Manic 5-Daniel Johnson (curieusement, mes amis ontariens ne connaissaient rien de ce barrage!) pendant un moment avant de reprendre la route vers le nord. Ceux qui ont déjà voyagé sur la 389 au printemps doivent avoir une petite idée des grandes difficultés que nous eues pour nous rendre à Labrador City. C’est un chemin de boue difficilement praticable où le gros de la circulation est réservé aux poids lourds…et chapeau à ces conducteurs de semi-remorque, ce n’est pas de tout repos!
Devant le barrage Daniel-Johnson (Photo Éric Descarries)
Le lendemain, il faisait froid mais nous avons décidé de rouler sur la 500 (du Labrador) vers Churchill Falls. La route est carrossable mais longue. Et Churchill Falls n’est pas, pour ainsi dire, un lieu de villégiature. C’est une ville préfabriquée avec un seul hôtel dans l’édifice communautaire qui sert de centre commercial, d’école et de salle de jeu. Oh! Il y a un poste d’essence! Et l’essence y est moins chère qu’à Montréal! Mais les Tundra font toujours 14 l/100 km sans charge et 29 à 33 avec la remorque. Toutefois, je dois vous dire que les moteurs ne manquent pas de puissance, au contraire. Puis, avec le temps, je me suis surpris à apprécier la robustesse de ces camionnettes. Vraiment étonnante!
Près de 5000 km d’un tel paysage…et d’une telle route (Photo Éric Descarries)
De Churchill Hills à Goose Bay, il fait toujours froid. Toutefois, le Tundra 2014 ne réussit pas à rejoindre Goose Bay. Il nous a fallu arrêter une quarantaine de kilomètres avant d’arriver «en ville» pour le ravitailler des trois bidons de cinq gallons d’essence que nous transportions dans la remorque. Chargé, le Tundra a une autonomie d’à peine 250 km. Décidemment, le réservoir de carburant (d’environ 100 litres) est trop petit.
Notre plan initial nous amenait à Blanc Sablon où nous devions prendre le traversier pour Corner Brook à Terre-Neuve. Là, nous devions laisser les véhicules au concessionnaire Toyota local puis revenir en avion. C’était le programme original. C’est alors que nous avons eu un appel. Le traversier était annulé. Aucun brise-glace ne pouvait lui venir en aide.
Au-delà du 51e parallèle, il neige beaucoup en avril (Photo Éric Descarries)
Pris au piège, nous avons indiqué sur Facebook et Tweeter que nous faisions volte-face. Oh là là! Les réponses que nous avons eues. Nous avons même été traités de peureux et de lâches. Il n’en fallait pas plus pour nous décider d’aller au bout du chemin. C’est ce que nous avons fait après une nuit de sommeil. Toutefois, nous avons laissé la remorque à GooseBay. On nous disait qu’elle ne passerait pas dans les ornières du chemin de boue qu’est la 510 au printemps. Nous nous sommes alors rendus au charmant petit village de Port Hope Simpson pour la nuit. Le lendemain, nous avons continué notre chemin jusqu’à Red Bay où le chemin de boue arrête. La section qui reste vers Blanc Sablon (une centaine de kilomètres) étant en asphalte, nous ne voyions pas le besoin de couvrir cette étape. Puis, on nous disait qu’au bout, il y avait des centaines de camions qui attendaient le traversier.
Décidemment, le bout de chemin entre Red Bay et Port Hope Simpson était spectaculaire. Mais en quelques heures, il s’était détérioré. Au retour, le camion d’Howard s’est enlisé et j’ai dû le remorquer pour le sortir du fossé. Cependant, les coupes de neige étaient tout simplement impressionnantes. Mais que la route était mauvaise. C’est là que nous avons connu notre seul bris de camionnette. La version 2007 ne voulait plus passer en 4 x 4! Et il nous fallait maintenant revenir à Montréal et Toronto! Ce qui devait être une ballade de quelque 2500 kilomètres allait en devenir une de plus de 5000 km!
Une coupe de neige entre Goose Bay et Red Bay (Photo Éric Descarries)
Revenu à Goose Bay, nous avons repris la remorque mais la neige s’était mise à tomber. Sur notre chemin de retour pour Churchill Falls, nous avons vu que la 510 était fermée. Une chance que nous l’avions faite la veille! Et encore une fois, nous avons dû ravitailler le 2014 avec les bidons pour rejoindre Churchill Falls. De là, nous avons atteint Wabush pour la nuit. Il faut dire que rouler dans la neige et sur la glace pendant plus de huit heures fatigue son homme.
Notre but ultime, Red Bay…et en arrière-plan, l’Océan Atlantique (Photo Éric Descarries)
Le lendemain, nous avons fait réparer le 2007 chez Labrador Windshield (vous auriez dû voir le nombre de pare-brises dans cet atelier). Le technicien n’était pas un mécano mais il connaissait le problème, courant sur tant de camionnettes dans cette région. Il n’a eu qu’à construire un joint d’étanchéité sur le capteur de l’antiblocage du frein de la roue de droite (il n’y a pas de concessionnaires Toyota passé Baie Comeau, c’est un territoire de Ford F et de Chevrolet Silverado…mais c’est fou ce qu’il y a des pick-up dans cette partie du monde…que des pick-up…sauf quelques Hyundai Accent… ) et de le recouvrir de bagues faite avec des «tie-wraps». La réparation a tenu le coup.
De retour sur la 389, nous avons pu profiter du froid pour obtenir une route plus carrossable. Mais il est grand temps que le gouvernement y voit. C’est quand même là que les fils qui pendaient sous la remorque se sont arrachés nous privant des feux arrière de droite. Les ampoules des feux avant de position se sont défaites d’elles-mêmes. Une autre nuit à Baie Comeau et un retour sans histoire à Laval.
Le seul animal sauvage que nous avons vu du voyage et ce, dans un arrêt de camion. Ce petit renard rusé savait que lorsque les camions arrivaient à la pompe, il pouvait y avoir de la nourriture! Pas farouche le p’tit sacripan! (Photo Éric Descarries)
En bout de compte, mon opinion a complètement changé concernant les grands pick-up Toyota Tundra. Ce sont des véhicules très robustes. Et la version Édition 1794 se présente avec un intérieur superbe! Mais ils ont aussi des défauts. Le système d’équilibrage des freins de remorque devrait être intégré au tableau de bord comme sur les camions de la concurrence. Le volant pourrait être chauffant et les clients devraient être capables d’obtenir les grands rétroviseurs téléscopiques avec toutes les finitions. Le pédalier pourrait être ajustable et surtout, le réservoir d’essence devrait être plus grand. Toutefois, le V8 est plus puissant qu’on le pense et j’ai aimé la boîte automatique qui rétrogradait dans les descentes lorsqu’on touchait à peine à la pédale de freins. Toutefois, les clients devraient avoir le choix des rapports finaux de différentiel. Enfin, un bon mot pour les pneus d’hiver Hankook RW11. Aucun n’a éclaté malgré les nids-de-poule profonds que nous avons frappés, parfois violemment! Ah oui! Seul dommage, un éclat dans le pare-brise de l’Édition 1794.
Les pneus Hankook RW11 ont vraiment été à la hauteur de la situation! (Photo Éric Descarries)
J’en aurais tant à vous raconter mais je manque de place. Le bon côté de la chose, c’est que vous pouvez en voir des images sur You Tube. En effet, nos caméramans ont filmé les points d’intérêt du voyage et ils sont tous visibles sur You Tube sous le titre Tundra Labrador (en français et en anglais). Allez y voir et vous m’en parlerez.
Auteur : Éric Descarries
Chroniqueur automobile depuis près de 20 ans, Éric Descarries a été adjoint à la rédaction de L’Almanach de l’auto de 1985 à 1999