Alors qu’il est promis à un brillant avenir en course, Shelby doit raccrocher casque et gants en 1960 du fait d’une grave maladie cardiaque. Mais un projet lui trotte dans la tête, créer une voiture de sport en greffant un moteur made in US dans un petit roadster anglais.
Il trouve rapidement un écho favorable chez Ford pour la motorisation et chez AC Cars pour le châssis. Et lorsque la Cobra entre en production en octobre 1962, le succès est immédiat.
Outre sa ligne qui fait tourner les têtes, les performances de son V8 de 4,2 litres (puis 4,7 litres) alliées aux 960 kg de l’AC font d’elle l’arme absolue dans les rues de Los Angeles.
La voiture tâte très tôt de la piste, et va dominer les courses US durant plusieurs années. En Europe, la tâche est plus ardue face à une concurrence très aguerrie, comme Ferrari que Shelby s’est pourtant mis en tête de battre.
Pour pallier à l’aérodynamique perfectible des roadsters, il crée un coupé bientôt baptisé Daytona, qui remporte le championnat du Monde GT en 1965.
Fort de ce succès, Shelby devient l’un des bras armés de Ford, et participe à l’offensive du constructeur visant à gagner les 24 heures du Mans. C’est chose faite en 1966 avec le doublé des GT40 du Shelby American Inc, suivie d’une 3ème GT40 officielle, en 1967 avec à nouveau une GT40 Shelby, puis en 1968 et 1969 avec 2 autres victoires des GT40 de John Wyer.
En production, la Cobra 427 équipée du 7 litres des Ford Fairlane prend la suite de la 289. Shelby collabore aussi avec Ford à travers la gamme Mustang.
Il crée la Mustang GT350, version hautes performances destinée aux courses de production. Elle sera suivie par plusieurs Mustang marquantes dont la GT500, avant que la lignée s’éteigne en 1969 avec la fin du contrat Ford et le renforcement des normes de sécurité routière aux Etats-Unis.
Appelé par Lee Iacocca, créateur de la Mustang qui a pris la direction de Chrysler, il participe notamment à l’étude de la fameuse Viper. Puis la collaboration avec Ford reprend, et la Mustang Shelby fait son grand retour en 2005. Elle reste aujourd’hui la version performance de la Mustang nouvelle génération.
Le magazine Motor Trend a cité Carroll Shelby parmi les 50 personnes les plus marquantes de l’histoire de l’automobile. Pilote devenu créateur de voitures puis homme d’affaire, il aura en effet laissé une empreinte indélébile. Et ce ne sont pas les nombreuses répliques de Cobra aujourd’hui en circulation qui contrediront cet état de fait.

Première course

Bill Krause fit débuter la première Cobra de course à Riverside en 1962. Faute d’homologation, elle courait en catégorie XP, pour Experimental Production. La victoire était acquise mais la mécanique en décida autrement. Un bris du moyeu de roue arrière mit prématurément fin à la démonstration.


La Cobra au salon de New-York 1963

La chasse est désormais ouverte !! New York Coliseum, Carroll Shelby présente sa Cobra au salon 1963. Le roadster s’est déjà forgé un palmarès conséquent en course, ce qui a contribué à faire exploser les ventes. Les Corvette y ont ainsi perdu leur suprématie sur les grands boulevards américains.

Shelby entre une Cobra Street et une Racing

Ce document publicitaire de 1963 montre Carroll Shelby entre une Cobra Street Version (à gauche) et une Racing (à droite). La photo est prise devant les ateliers de Venice qui furent rachetés par Shelby à Lance Reventlow, le créateur des Scarab. Ils permirent de faire face à la demande grandissante.

Chaîne de montage

La première chaîne de montage dans les ateliers de Carter Street à Vénice, en banlieue de Los Angeles. Elle succéda aux ateliers de Dean Moon dans lesquels opéra tout d’abord Shelby. Mais devant le succès rencontré par les petits roadsters, les locaux de Venice vont eux aussi devenir trop petits.

La ligne d’assemblage des GT350

Courant 1965, la ligne d’assemblage des Mustang GT350 de l’usine d’Imperial Highway, aux abords du Los Angeles International Airport. Les Mustang arrivaient directement des chaînes Ford. Elles étaient en partie démontées, et remontées avec les composants spécifiques Shelby pour donner vie aux GT350.

La troisième usine

Adoptée courant 1965, la troisième implantation de Shelby sera la bonne. Les Cobra venues d’Angleterre et les Mustang livrées par Ford sont stockées le long des pistes de l’aéroport tout proche. Elles passent ensuite sur la chaîne, pour y subir les modifications qui feront d’elles de vraies Shelby.

Sebring 1963

Les 12 heures de Sebring 1963 vont être un cauchemar pour les Cobra. Six voitures sont engagées par différents teams, et abandonneront sur divers problèmes mécaniques dus à leur jeunesse. Le roadster piloté par Dan Gurney (ici au volant), Fireball Roberts et Dave Mc Donald n’ira pas au bout.

Sebring 1963

Phil Hill sur la seule Cobra survivante des 12 heures de Sebring 1963. Il partageait l’auto avec Ken Miles et Lew Spencer. Le résultat est méritant, l’équipage engagé par Ed Hugus terminant 17 tours derrière les vainqueurs à la 11ème place absolue, 8ème en GT et 1er de la classe GT plus de 4 litres.

Targa Florio 1964

La Targa Florio 1964 fut la première épreuve internationale à laquelle prirent part les Cobra. Ici, Phil Hill est au Volant de l’une des quatre Cobra 289 FIA officielles, qu’il partageait avec Bob Bondurant. La voiture abandonna sur bris de suspension, seule la voiture sœur de Dan Gurney termina.

Carroll Shelby aux côtés de la Ford MkII au Mans

Carroll Shelby prit une part très active dans l’offensive de Ford aux 24 heures du Mans. Il engageait 2 Ford Mk II 7 litres et 2 coupés Daytona au Mans 1965. Il supervise ici la Mk II de Chris Amon et Phil Hill. Bien qu’auteur de la pôle et du meilleur tour en course, l’équipage ne terminera pas.

 

Street Version

La Street Version dans son plus simple appareil. « L’AC Cobra a atteint un niveau de performances plus élevé qu’aucune autre automobile de production que nous ayons testée. Et ceci avec le moteur de base ». Ainsi commençait l’essai de la Cobra dans le numéro de mars 1963 de la revue Car and Driver.

Tableau de bord

Tentant, non ?… Très bien équipé, le tableau de bord est tendu de cuir, tout comme les deux baquets disposés de chaque côté de l’énorme tunnel de transmission. Concession aux performances, la position très reculée du moteur réduit d’autant l’espace disponible, obligeant à décaler le pédalier.
 

Collaboration légendaire

Après avoir essuyé le refus de la GM qui craignait de faire de la concurrence à sa Corvette, Carroll Shelby réussit à convaincre Ford de lui fournir le nouveau V8 260 puis 289 pour équiper son roadster. La collaboration entre Shelby et Ford durera jusqu’en 1969, pour reprendre de plus belle en 2005

V8 289

Dans sa déclinaison de série, le V8 289 de l’AC Cobra dispose de 271 chevaux qui confèrent à l’auto des performances hors normes. Il se dit que la limitation de vitesse à 70 mph en Angleterre fut suscitée par les vitesses enregistrées sur l’autoroute proche de Thames Ditton, l’usine AC Cars…

Cobra 289 Racing

Sous le capot de la Cobra 289 Racing d’Equipe Europe, le Ford 4,7 l est gavé par quatre carburateurs Weber de 48mm et affiche 420 chevaux. Ce qui ne l’empêche pas d’être fiable, grâce notamment à un radiateur d’eau en aluminium et un radiateur d’huile, une monte standard sur les versions Racing.

Cobra 289 Racing

La Cobra Racing ne laisse planer aucun doute sur son caractère agité. Les chromes sont réduits à leur plus simple expression, exception faite de l’arceau 3 points. Les anciens ancrages de pare-chocs accueillent dorénavant les points de levage des crics. Le tout confère à l’auto une allure agressive.

Une vue… classique

Dans les années 60 tout comme de nos jours en course historique, voici le point de vue offert le plis fréquemment aux autres concurrents, du moins sur le sec. Le sandow qui maintient le coffre fermé est un grand classique des voitures d’usine. C’est simple et efficace, et ça tombe rarement en panne

CSX2130

Voiture de réserve du team AC lors des 24 heures du Mans 1963, CSX2130 est rachetée par John Willment après l’épreuve. Elle court en Europe, et va épauler l’offensive de Shelby en championnat du Monde. La voiture émigre ensuite en Springbok Series en Afrique du Sud, avant de revenir aux USA.

CSX2127

CSX2127 fait partie des 3 Cobra officielles engagées dans le championnat USRRC 1963. Construites à partir de Cobra de série modifiées par Shelby, elle furent les premières à disposer d’une direction à crémaillère, plus efficace. Phil Hill, Ken Miles et Dan Gurney ont piloté cette voiture en course.

Cobra usine de 1963

Les modifications étaient nombreuses sur les Cobra « usine » de 1963. Citons pour celles qui sont visibles les boyaux de refroidissement des freins, le pare-pierres de calandre, le pare-brise incliné et son hard top profilé intégrant le bouchon de réservoir, et les ailes modifiées aux normes FIA.

Cobra Daytona et deux roadsters 289

On peut dire que l’AC Cobra reste une valeur sûre dans les épreuves historiques modernes. La meilleure preuve en est la première ligne de la grille de départ du Royal Automobile Club TT Celebration au Goodwood Revival 2011, trustée par un coupé Daytona en pôle et deux roadsters 289.

Cobra Hard top

Sur les circuits rapides comme le Mans, le profil du roadster Cobra pénalisait l’auto sur le plan de l’aérodynamique, la vitesse de pointe était insuffisante en regard de la puissance disponible. Différentes solutions furent testées, parmi lesquelles ce hard top qu’on pourrait qualifier de fastback .

Cobra « Street » convertie

Née Street version chez AC Cars, cette Cobra française bien connue a par la suite été convertie aux spécifications des 289 FIA. Les amateurs se souviennent des exploits de Jean-Pierre Jarier à son volant au milieu des années 80. Elle écume depuis les épreuves historiques, comme ici à Goodwood.

L’autre Hard Top sur une Cobra 289

Brian Redman sur une Cobra 289 au Goodwood Revival 2011. On voit ici l’autre variante de hard top qui était utilisée en course. Shelby comprit rapidement que le profil de la Cobra ne permettrait pas d’atteindre les vitesses imposées par les circuits européens, et lança l’étude des coupés Daytona.

Daytona Coupé CSX2300

CSX2300 est l’un des 6 coupés Daytona construits pour battre Ferrari en championnat du Monde. 2 de ces coupés furent engagés au Daytona Continental 1964, une course de 2000km au cours de laquelle l‘auto allait acquérir ses lettres de noblesse… et son patronyme. Elle est ici au Goodwood Revival 2011.

Sebring 1965

12 Hours of Sebring 1965, la Cobra Daytona de Tom Payne et Bob Johnson fait partie d’une armada de quatre coupés engagés par Shelby American Inc. La voiture sœur de Bondurant/Schlesser va remporter la catégorie GT sous un déluge typique de la Floride. Le titre mondial 1965 est au bout de la piste.

CSX2131

CSX2131 possède une histoire singulière. Née sous la forme d’un roadster, elle fut achetée par John Willment avant d’être gravement accidentée. Willment y vit l’occasion de la recarrosser en coupé. Il obtint de Shelby les plans du coupé Daytona, qu’il modifia légèrement pour créer sa propre version.

Cobra Dragonsnake

Shelby monta un programme de dragster en 1964, et deux Cobra furent converties spécifiquement pour cette discipline. Exploitées par une équipe de 3 mécaniciens, les Dagronsnake 1 et 2 dominèrent leurs catégories en championnats NHRA et AHRA, pulvérisant au passage plusieurs records de pistes.

Cobra Dragonsnake

En prélude à la saison de dragster, la première Cobra Dragonsnake d’usine est testée début 1964 sur la piste de Pomona en Californie. Cette photo de presse particulièrement spectaculaire avec le parachute déployé sera très diffusée, préjugeant bien de la suprématie à venir des deux Cobra.

Version dragster

Motion Performance Inc était une société de la banlieue de New York spécialisée dans la préparation des mécaniques d’origine… Chevrolet. Avec le soutien de Shelby, Joel Rosen transforma une 289 Street Version en voiture de dragster, et remporta de nombreux succès dans les championnats AHRA et NHRA.

Mustang 1 Concept

Œuvre du carrossier Troutman & Barnes, la Mustang 1 Concept n’avait que peu à voir avec la voiture de production qui suivra. Dotée d’un moteur V4 de 2 litres en position centrale, d’un châssis tubulaire et d’une carrosserie aluminium, le prototype s’avéra trop coûteux pour une production en série.

Publicité pour la GT350

Détail d’un dépliant publicitaire de Mustang Shelby GT350. Les chiffres de performances sont éloquents. Il est vrai que les ressources du V8 289 Hi-Po modifié par Shelby sont importantes. Ce bloc se caractérise par des montées en régime étonnantes pour un V8 américain, et une très grande fiabilité.

Mustang Shelby GT350 de 1966

La Mustang Shelby GT350 de 1966. Bien que discrète, la Shelby est trahie extérieurement par quelques détails parmi lesquels les vitres de custode, mais aussi les bandes latérales « GT 350 », les entrées d’air fonctionnelles sur les ailes arrière, la prise d’air de capot et les jantes spécifiques.

Shelby ancienne, Shelby moderne

Conflit de générations, l’ancienne et la nouvelle Mustang by Shelby. L’ancienne, la Shelby GT350, fut conçue comme base d’homologation pour les Mustang en course. La nouvelle, la Shelby GT500, est strictement réservée à un usage routier, ce qui ne l’empêche pas de disposer de 200 chevaux de plus…

Le duo en piste

Duo sur la piste. La T500 compte comme son aïeule un V8 de relativement petite cylindrée, mais il est dans son cas gavé par un compresseur Roots. Les deux autos partagent en revanche un pont rigide du même type. Un train arrière un peu archaïque pour le 21ème siècle, mais qui demeure efficace.

Mustang Shelby GT350 de 1966

La GT350 reste très efficace sur circuit. Les modifications apportées par Shelby visaient à améliorer le guidage des trains et le freinage (disques à l’avant). La puissance moteur était portée à 306 chevaux, que la boîte de vitesse Borg-Warner T10 et le pont renforcé permettaient de mieux exploiter.

Le détail en plus

Un détail qui fait toute la différence… Le propriétaire de cette Mustang Shelby GT350 de 1966 a eu la chance de voir son auto dédicacée en 1992 par son créateur, Carroll Shelby lui-même. Gageons que ce « plus » ne manquera pas d’ajouter à la voiture une valeur sentimentale mais aussi marchande…

Cobra Kirkham

La Cobra est probablement la voiture la plus copiée. Les répliques Kirkham Motorsports comptent parmi les plus fidèles et les mieux construites. Les Cobra Kirkham disposent d’une carrosserie en aluminium que nombre de clients préfèrent ne pas peindre, jouant uniquement sur les nuances de polissage.

Cobra Kirkham

La Copper Cobra Khirkham, une 427 S/C dont la carrosserie est en cuivre. Exposé au soleil de Provo dans l’Utah devant les ateliers Kirkham Motorsports, ce métal confère à l’auto des reflets étonnants. Il engendre aussi un embonpoint toutefois compensé par la puissance confortable du moteur 7 litres.

Cobra Kirkham

Certains l’aiment… peinte !! Nombreuses sont les options disponibles sur les Cobra Kirkham, comme ici la teinte bleue à bandes blanches et le double arceau. Les Cobra sont vendues avec ou sans motorisation, et des moteurs « billet » (taillés dans la masse) sont disponibles sur commande spéciale.

Cobra Kirkham

A l’image de son aïeule, la Cobra Kirkham 427 SC possède d’une voie arrière importante, seule façon de juguler l’arrivée massive de puissance déjà très problématique sur la 289… Et comme les dernières séries de Cobra, elle est équipée de ressorts hélicoïdaux en lieu et place des lames transversales.

Cobra Kirkham

Une Cobra 427 SC Continuation devant un pub anglais. Une série de 427 fut construite à l’usine AC dans les années 90 par la société Autokraft, qui avait acquis la marque. Prenant la suite des numéros de châssis originels à partir de COX6133, elles étaient fabriquées à l’identique des « vraies ».

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